mercredi 4 janvier 2017



Claire Basler







Vert Céladon - Quelques notes et impressions de l'année 2016
et hommage à Anita Brookner




Une vingtaine de publications seulement cette année, qui a été moins prolifique que les précédentes et un peu en demi-teinte. Différentes raisons, dont ceux qui me connaissent personnellement savent ce qu'il en est, et d'importants travaux dans ma maison, m'ont empêchée de me consacrer plus assidûment au Blog et ont altéré l'inspiration nécessaire à la rédaction des textes, qui nécessitent une certaine énergie, laquelle m'a hélas fait défaut cette année.


Elle se clôture cependant sur des statistiques de fréquentation assez satisfaisantes, avec 24 252 pages vues depuis la création du blog en juin 2013, provenant de très nombreux pays, parfois fort éloignés du nôtre, même si la France reste en tête du lectorat, suivie par les Etats-Unis et la Russie. Cette année, le Blog a trouvé des lecteurs en Asie, notamment au Vietnam et en Thaïlande, ainsi qu'en Haïti, aux Philippines et au Mexique.




Parmi les chroniques publiées en 2016, celle consacrée au très beau roman de Fanny Hurst "Back Street", laquelle me tient très à coeur, cet ouvrage ayant compté dans mon parcours littéraire, a rencontré le plus de lecteurs, suivie par "My Dear Cassandra", relative à la correspondance perdue de Jane Austen ; puis vient le très bel essai de Siri Hustvedt,  "La femme qui tremble", consacré aux neurosciences.  



Le Blog fait aussi l'objet d'une page Twitter, qui n'a pas un nombre astronomique d'abonnés, d'une part parce que je ne m'en occupe pas assez, mais aussi parce que je ne veux pas en être l'esclave, et que je recherche la qualité, plutôt que la quantité, ce média me permettant surtout de faire connaître encore davantage Vert Céladon, en touchant un public directement intéressé par la littérature ou le cinéma, ce qui fonctionne plutôt bien et renforce notablement sa diffusion.


Pour ce qui est du domaine technique, j'avais envisagé un changement de site hébergeur, mais je dois y renoncer car je tiens essentiellement à la traduction simultanée de mes textes, ce qui n'était pas le cas pour le site en projet. Il y aura donc une simple amélioration de la mise en page, plus dynamique, sans doute un peu moins classique, tout en conservant à l'ensemble sa marque de fabrique, puisqu'elle semble convenir à un certain nombre de lecteurs.


Par ailleurs, j'ai également ouvert une page spécifique sur Facebook "Vert Céladon", que chacun peut "Aimer" et recevoir ainsi les publications les plus récentes, même si toutes n'y figurent pas. Cette page n'est pour l'instant pas très dynamique, car je dois m'y consacrer davantage, notamment par le biais de la publicité, laquelle est payante.


Claire Basler
Sur un plan plus général, je dois préciser que Vert Céladon traite finalement assez peu de l'actualité littéraire immédiate, excepté pour quelques coups de coeur, assez rares hélas, et en matière de cinéma parfois. Je parle davantage avant tout de ce que j'aime, de ce qui me parait important de faire connaître aux lecteurs, lorsqu'une oeuvre  me  touche particulièrement, même si sa publication n'est pas récente. Je ne vois aucun intérêt à emboîter le pas de la critique littéraire officielle en ajoutant du commentaire aux commentaires. La plupart des livres propulsés sur les têtes de gondoles des librairies et des grandes enseignes, n'ont absolument pas besoin de moi, et je préfère de beaucoup m'attacher à prendre les chemins de traverse.

C'est mon seul luxe, et j'entends bien continuer à user de cette liberté, qui a un prix cependant, celui d'un certain décalage, voire un isolement, par rapport à la bulle littéraire médiatique. Je dois préciser que j'achète tous les livres dont je traite et ne reçois aucun service de presse, ma P.A.L., sous entendu "Pile à lire", expression très en vogue sur les blogs, que je n'emploie jamais,  et dont certains se gargarisent, est uniquement le fruit de mes choix. 



Par ailleurs, j'ai pour projet dans les mois à venir, d'évoquer une oeuvre qui a m'a beaucoup marquée cette année, lors de mes pérégrinations littéraires, à savoir le magnifique recueil de nouvelles du grand Somerset Maugham "Le Sortilège Malais", chef d'oeuvre absolu d'émotion contenue, plus amère que douce. Au programme également, une autre nouvelle, presque un petit roman, le tragique et cruel "Washington Square" de Henry James.


En littérature française, "Une vieille maîtresse" de Barbey d'Aurevilly, oeuvre complexe, pourrait aussi faire l'objet d'une chronique. Je n'exclue pas non plus les coups de coeur imprévus qui pourraient s'inviter dans cette liste, comme ce fut le cas récemment, pour la biographie de Juliette Récamier par Catherine Decours ; notamment en ce qui concerne la grande romancière et mémorialiste américaine, Joan Didion, dont je compte approfondir l'oeuvre dans les semaines à venir. Je n'ai pas non plus renoncé à l'idée de traiter "Le club de la chance" d'une autre américaine, d'origine chinoise : Amy Tan, auquel je réfléchis depuis très longtemps.



Anita Brookner - 1928 - 2016
Enfin, je ne voudrais pas en terminer sans avoir salué la mémoire d'Anita Brookner, grande dame de la littérature anglaise, dont l'oeuvre m'est si chère, que j'ai évoquée par le biais d'une chronique que je lui ai consacrée en décembre 2013, "Anita Brookner - Eloge de l'ombre". Cette romancière est décédée le 10 mars 2016, un peu dans l'indifférence générale en France, il faut bien le dire, très peu de presse ayant relaté cet événement. L'Angleterre a fort heureusement su honorer, comme il se devait, celle qui était aussi une historienne d'art réputée, notamment dans le domaine de la peinture française du XVIIIe et XIXe siècle, mais rien d'étonnant pour ce pays qui sait ce qu'il en est de la tradition et de la mémoire.


Il me reste à remercier chaleureusement toutes celles et ceux qui me suivent fidèlement, et qui par leur attention, prêtent vie à Vert Céladon et m'encouragent à poursuivre cette belle aventure.


 



Christine Filiod-Bres
Vert Céladon - 4 janvier 2017
litteraturelyon.blogspot.com





lundi 2 janvier 2017






Belle Année 2017
 à tous les lecteurs de Vert Céladon



Happy New Year 2017 for all the readers 
of Vert Céladon, into the world


Claire Basler

samedi 31 décembre 2016






Philippe Garnier
L'Oreille d'un sourd

Un recueil de chroniques - De Los Angeles à Paris





En 2009, le journal français "Libération", a signifié à Philippe Garnier qu'il n'y avait plus de place pour lui au sein du quotidien, dont il était le correspondant épisodique à Los Angeles, depuis vingt huit ans.

On devine que le coup a été rude pour cette figure légendaire de la chronique, tant dans le domaine de la musique rock, de la littérature américaine, que du cinéma. Mais, comme il le dit lui-même, "On essaiera de ne pas en faire un fromage non plus". L'homme étant d'un naturel plutôt positif, la parution en recueil de ses textes, constitue pour lui "une justification, un besoin de faire revivre les bons moments, plutôt que les fichus quarts d'heure, et aussi de revenir sur le fonctionnement du journal qui m'a toujours mystifié".


Considérant qu'il avait avec le journal un fonctionnement atypique, envoyant ses articles par la poste, n'ayant rencontré ses chefs de services qu'après plusieurs années de collaboration, lui basé à Los Angeles et eux à Paris, définit ainsi sa position "J'ai toujours eu, depuis le début, le statut d'intouchable (aux deux sens du terme), je m'en rends compte aujourd'hui".




Cet épisode épineux, dans le parcours du journaliste free-lance, a au moins le très grand mérite de permettre au lecteur de pouvoir dévorer d'un seul coup, car quand on commence, il est difficile de s'arrêter, plus de soixante dix chroniques, écrites entre 1981 et 2007 pour "Libération", en sachant qu'il collaborait avec d'autres organes de presse, "Rock & Folk", qui lui est toujours resté fidèle, "Les Inrockuptibles", qui publièrent en France ses premiers articles sur l'écrivain Cormac Mc Carthy, et le photographe William Eggleston, de même que la prestigieuse revue "Vogue", ainsi que d'autres titres de l'éditeur "Conde Nast". On mesure ainsi le chemin parcouru depuis Le Havre, où il est né en 1949, jusqu'à Los Angeles, devenue sa base arrière depuis plus de trente ans.


Ce qui caractérise le travail et l'oeuvre de Philippe Garnier, c'est avant tout la très grande diversité de ses centres d'intérêt, ainsi que le  style remarquable et profondément original de son écriture. Elle est faite d'érudition, de précision, d'humour, parfois décapant, et surtout de ce phénoménal sens de la digression, qui est sa marque de fabrique et qui a fait sa réputation.


Ses phrases sont comme une route sur laquelle il se promène, et où soudain, il conduit le lecteur sur un chemin de traverse, certes parfois très sinueux, mais jamais obscur, au bout duquel il finit enfin par atteindre une lumineuse clairière. Ce style, si particulier, se reconnait immédiatement, et a notoirement contribué à cette sorte d'aura, voire à une certaine forme de légende, qui entoure ce chroniqueur, également écrivain, et a généré un fan club d'inconditionnels et d'admirateurs, mais il faut le préciser, à son corps défendant, car le personnage est plutôt discret et ne s'est jamais pris au sérieux.

Anna May Wong


Nick Tosches
Qu'il nous parle de ses périples en voiture dans le Montana, et d'un auto-stoppeur mutique, sorte de hobo des temps modernes, que la crise économique a jeté sur les routes, à la recherche d'un hypothétique travail, du critique musical Nick Tosches, son maître et inspirateur, d'un autre Nick, Kohn celui-là, et de sa formidable évocation du grand Roy Orbison, ou de Anna May Wong, star hollywoodienne d'origine chinoise, bien oubliée ; de Scott Fitzgerald et de sa relation chaotique avec Zelda, de William Faulkner, qu'il n'aime guère, et sur lequel il  rétablit certaines vérités, notamment sur sa période hollywoodienne, de son ouvrage "Bon Pied Bon Oeil - Deux rencontres avec André de Toth, le dernier borgne d'Hollywood", très prisé par Bertrand Tavernier, de deux livres sur David Goodis, auteur de polars, dont le second est paru récemment De la saga industrielle des chaussures Doc Martens, du Velvet Underground, le groupe mythique que l'on sait, d'une rencontre à la fois fascinante, parce que dérisoire, avec Jack Nicholson, de Charles Bukowski, dont il a été le traducteur, qu'il a fait connaître en France, de même que celui de John Fante ; de son rendez-vous manqué à Memphis, avec William Eggleston, le grand photographe, dont il dresse pourtant un portrait fascinant, de cette rencontre avec James Crumley, grande figure américaine du roman noir et de l'état du Montana, d'un compte-rendu ironique de la Mostra de Venise, où il fut invité une année, de la robe transparente de la très sexy Jennifer Charles, chanteuse lascive et ondulante du groupe Elysian Fields, et de bien d'autres encore ... Philippe Garnier est passionnant et nous ouvre des perspectives vertigineuses.


Photo William Eggleston





William Eggleston

Il faut bien sûr évoquer chez cet auteur foisonnant, sa très grande connaissance du cinéma américain et de son histoire, qu'il a abordé, entre autres, dans son livre "Honni soit qui Malibu" et ce, par le biais des écrivains à Hollywood. Par sa contribution importante, dans ce qui fut sans doute sur le cinéma, la plus belle émission jamais réalisée à la télévision française, produite par Claude Ventura, Michel Boujut et Anne Andreu : "Cinéma Cinémas", dont le merveilleux générique, inspiré par les toiles de Guy Peellaert, est dans la mémoire de tous les cinéphiles, et où ses entretiens avec les grands réalisateurs et acteurs, Robert Mitchum et Sterling Hayden, avec lequel il avait noué une belle amitié, et dont il fait un si beau portrait, étaient un modèle du genre. Ses incursions dans l'histoire de la musique rock sont tout aussi édifiantes, notamment lorsqu'il aborde la vie tourmentée de Grover Lewis, premier "gonzo-journaliste" et figure légendaire du journal "Rolling Stone", ouvrage dont il était venu parler à Lyon à l'Institut Lumière.



Charles Bukowski


Sterling Hayden

John Fante



On l'aura compris, j'ai le plus grand respect pour le travail de Philippe Garnier, et s'il y a un maître qui m'inspire en matière d'écriture, dans l'exercice difficile de la chronique, c'est bien lui. J'ai eu la grande chance de pouvoir l'écouter à l'Institut Lumière de Lyon, dont il est un fidèle et où il est régulièrement invité. Il était venu dans le cadre de la rétrospective "Art of Noir" et j'ai pu observer à cette occasion, cette manière claire, simple et directe, qu'il a de capter l'attention de son auditoire, capacité que l'on retrouve par exemple chez le grand critique de cinéma Michel Ciment. Il a également donné l'image d'un homme réservé et discret, ce qui est souvent la marque des grands.

Philippe Garnier, un compagnon de route et un raconteur d'histoires hors du commun.



  










Christine Filiod-Bres
Vert Céladon - 30 décembre 2016



N. B. - Quelques ouvrages de Philippe Garnier. 
















mardi 29 novembre 2016

On Sonne !




Jacopo Pontormo - Le joueur de cornet


On sonne !


ça sonne creux
ça sonne faux
ça sonne le fêlé

ça sonne les matines
ça sonne les vêpres
ça sonne les complies

ça sonne le glas
ça sonne l'hallali
ça sonne aux morts









Christine Filiod-Bres
Vert Céladon - novembre 2016





samedi 29 octobre 2016





Juliette Récamier
L'Art de la séduction

de
Catherine Decours


Joseph Chinard - Buste de Juliette Récamier - Musée des Beaux Arts de Lyon



Catherine Decours, historienne, nous livre ici un point de vue très intéressant sur "La belle des belles", respectueux, mais point hagiographique, nuancé et subtil.


Chromolithographie de Juliette Récamier
 publiée à New-York en 1857
Une étude qui, grâce à l'analyse approfondie des archives et à la grande connaissance du contexte historique, a le mérite d'éclairer certaines zones d'ombre attachées à la célèbre lyonnaise. En effet, la pratique historienne de Catherine Decours, nous montre que bien des précédents ouvrages consacrés au même thème, avaient tendance à céder davantage aux envolées lyriques, au détriment de la réalité historique, notamment en ce qui concerne la naissance de Juliette Récamier, et les différents commérages colportés par certains membres assidus, des brillants salons qu'elle a animés durant une grande partie de sa vie.




Deux robes de Juliette Récamier
Elle n'est également pas dupe de la grande séductrice que fut Mme Récamier, une des femmes les plus admirées de son temps, et attire l'attention sur l'aspect quasiment pathologique de sa coquetterie, souvent source de complications dans les relations humaines et affectives qu'elle entretenait avec son entourage ; mettant celle-ci sur le compte d'un mode de défense et de réaction, face à son mariage très précoce avec un homme bien plus âgé qu'elle, pour lequel elle n'éprouvait qu'une affection respectueuse. Mais ce portrait nous dit également que cette coquetterie était amplement contrebalancée par les grandes qualités humaines de Juliette Récamier, son infinie loyauté en amitié, sa fidélité et son courage dans bien des circonstances, notamment sur le plan politique.



Pantoufle ayant appartenu à Juliette Récamier


L'auteur fait également preuve d'une grande humilité en précisant toujours, qu'en l'absence de documents et d'éléments probants, mieux vaut reconnaître que l'on ne sait rien et qu'il en sera toujours ainsi, ce qui confère au sujet que l'on traite, une part de mystère.





Le salon de Juliette Récamier à l'Abbaye-aux-Bois
Enfin, le grand intérêt de cet ouvrage, écrit, il est important de le dire, dans un très beau style, ce qui en fait une lecture vraiment agréable, est qu'il brosse le formidable portrait d'une époque avec en arrière plan l'analyse fouillée de la personnalité de Madame de Staël, amie fidèle et tourmentée, de Napoléon, de Benjamin Constant, de Chateaubriand, dont il semble qu'il fût le seul amour véritable de Mme Récamier, et de quelques lyonnais qui lui furent très attachés comme Simon Ballanche et Camille Jordan, entre autres.




Claire Basler
Le mot de la fin revient à Juliette qui, se souvenant des derniers moments de sa jeunesse à Lyon, au sortir du Couvent de la Déserte, avant de rejoindre Paris et le fol avenir qui allait être le sien, écrivait : "Je quitte à regret  une époque si calme si pure pour entrer dans celle des agitations. Elle me revient quelquefois dans un vague et doux rêve avec ses nuages d'encens, ses cérémonies infinies, ses processions dans les jardins, ses chants et ses fleurs."






Catherine Decours





Christine Filiod-Bres
Vert Céladon - 29 octobre 2016


    



samedi 1 octobre 2016

Siri Hustvedt - La femme qui tremble





Siri Hustvedt


La femme qui tremble

Une histoire de mes nerfs



Photo William Eggleston



"En mai 2006, je me suis levée sous un ciel bleu sans nuages et j'ai commencé à parler de mon père, qui était mort depuis plus de deux ans. Dès que j'ai ouvert la bouche, je me suis mise à trembler violemment. J'ai tremblé ce jour là et puis j'ai tremblé à nouveau d'autres fois. Je suis la femme qui tremble."


S'il est une constante dans l'oeuvre de la romancière américaine Siri Husvedt, c'est l'intérêt qu'elle porte aux neurosciences, qui se manifeste tant dans le présent essai "La femme qui tremble" que dans certains de ses romans, notamment "Elégie pour un américain".


Le tremblement dont elle fut saisie un jour , alors qu'elle venait de prendre la parole devant un public amical et attentif, pour évoquer la mémoire de son père, professeur à l'université du Minessota, titulaire de la chaire de norvégien, ne l'a plus quittée depuis, a modifié sa vie, son rapport au monde, et a été la source de multiples recherches et questionnements. Ce phénomène n'a heureusement pas altéré ses facultés créatrices puisqu'elle a, depuis lors, publié plusieurs romans.


"Il y a dans toute maladie quelque chose qui semble venu d'ailleurs, l'impression d'une invasion et d'une perte de contrôle, évidente dans notre façon d'en parler. Il semblait que quelque chose en moi se soit terriblement déréglé mais quoi exactement ? Je décidai de partir à la recherche de la femme qui tremble." 



Dans  cette quête courageuse, passionnante et éprouvante, Siri Hustvedt ne nous cache rien de ses recherches documentaires, de ses lectures sur un sujet qui la hante, de sa participation à des groupes de discussion au Mount Sinaï Hospital, au sein de l'Institut Psychanalytique de New York, où elle est invitée à des conférences mensuelles sur les sciences du cerveau.


Lisant tout ce qui lui tombe sous la main sur ces thèmes, elle s'engage même dans l'animation d'ateliers d'écriture, auprès de malades atteints de syndromes complexes,  au sein de la Whitney Payne Psychiatric Clinic.




Siri Hustvedt


Faisant inévitablement le lien entre la mort de son père et ses tremblements, elle passe au crible les travaux de Charcot sur l'hystérie, de même que sur ceux de Freud, dont elle rappelle qu'il était avant tout un neurologue et qu'il s'est énormément intéressé aux prémisses des neurosciences et aux phénomènes dits de convulsions, comme les tremblements par exemple.


La lucidité et la franchise avec lesquelles Siri Hustvedt aborde la pathologie dont elle souffre et ses causes éventuelles, dont l'hystérie, considérant qu'il pourrait s'agir d'un tel phénomène, force le respect, car il faut avoir été confronté, à de telles manifestations physiques pour comprendre à quel point elles peuvent être angoissantes, handicapantes et sources de multiples interrogations. 


Rappelant avec raison que "Nul d'entre nous ne fait le choix de la maladie chronique. C'est elle qui nous choisit." et que sans doute à cause de son arrivée tardive dans sa vie, elle a eu beaucoup de mal à accepter cette femme qui tremble et dit que "Au fur et à mesure qu'elle me devient familière, elle passe de la troisième à la première personne, pour n'être plus un double détesté mais une partie de moi dont le handicap est admis."


A l'heure qu'il est, et depuis l'année 2006, Siri Hustvedt est toujours soumise à ses tremblements et cet essai passionnant où elle analyse en profondeur l'évolution de la neurologie et expose le cas de nombreux patients, lui aura seulement permis de mettre à distance cette pathologie avec laqelle doit composer chaque jour de sa vie.

Il faut cependant préciser au lecteur que cet essai, qui se veut très didactique dans les domaines qu'il explore, n'est en rien difficile d'accès, grâce au style limpide de Siri Hustvedt, qui est avant tout la grande romancière américaine que l'on sait, dont je ne peux que recommander chacun des livres qu'elle a publiés, mais qui s'attache ici à faire oeuvre de recherche, d'interrogation et d'information. 


Puisse ce remarquable texte, foisonnant, tant sur le plan de l'histoire des neurosciences, de la psychologie, de la psychanalyse et de ses acteurs, aider un tant soit peu à réfléchir ceux qui ont à vivre un handicap de cette nature et leur permettre de trouver un certain apaisement. Rien que pour cela, grâce lui soit rendue.





N.B. - L'essai de Siri Hustvedt est accompagné, en fin de volume, d'une très importante bibliographie, relative aux neurosciences et à leur lien avec la psychanalyse et la psychologie, à laquelle on pourra éventuellement se référer.



Christine Filiod-Bres

septembre 2016


La femme qui tremble

Une histoire de mes nerfs
Essai traduit de l'anglais (américain)
par Christine Le Boeuf

vendredi 20 mai 2016

Traverses









Traverses





Photo Mirjam Appelhof







Le chemin à refaire était toujours si long

Elle ne s'était pas encore perdue en route

Qui pouvait dire que ça n'arriverait pas









Christine Filiod-Bres
Mai 2016