samedi 31 mai 2014

Poésie - Faire le break







Back street - John Stahl - 1932




Faire le break


Un matin
Elle avait imaginé
Faire un break


Ne plus attendre
Ne plus écrire
Ne plus demander


Enfin cesser d'être
Cette autre Back street
Eperdue d'amour


Soudain revoir le jour
Apaisée et lucide
Vers un chemin trop tranquille








Christine Filiod-Bres
21 mai 2014 


mercredi 28 mai 2014

Louise Labé - Dame Lyonnoise



Louise Labé

La Belle Cordière



Louise Labé - 1524 - 1566



Fais que celui que j'estime mon tout,


Qui seul me peut faire plorer et rire,


Et pour lequel si souvent je soupire,

Sente en ses os, en son sang, en son âme,


Ou plus ardente, ou bien égale flamme.


Alors ton faix plus aisé me sera,


Quand avec moi quelqu'un le portera.











Oh si j'étais en ce beau sein ravie,
De celui-là pour lequel vais mourant,
Si avec lui vivre le demeurant,
De mes courts jours ne m'empêchait envie,

Si m'accolant, me disait : Chère Amie,
Contentons nous l'un l'autre, s'assurant,
Que jà tempête, Euripe, ni courant,
Ne nous pourra déjoindre en notre vie,

Si de mes bras le tenant accolé,
Comme du lierre est l'arbre encercelé,
La mort venait, de mon aise envieuse,

Lors que souef plus il me baiserait,
Et mon esprit sur ses lèvres fuirait,
Bien je mourais, plus que vivante, heureuse.



Louise Labé
Elégies et Sonnets 








Christine Filiod-Bres
28 mai 2014

mardi 27 mai 2014

La Princesse Palatine






La Princesse Palatine
Une femme de lettres



Hyacinthe Rigaud - Charlotte Elisabeth - Princesse Palatine - 1652-1722



Saint-Germain, le 3 décembre 1672

"Je ne vous dirai qu'une chose, à savoir que Monsieur est le meilleur homme du monde ; aussi nous entendons-nous fort bien. Aucun de ses portraits n'est ressemblant."

Charlotte Elisabeth - Princesse Palatine
A sa tante la Duchesse de Hanovre



Charlotte Elisabeth, dite "Liselotte", princesse allemande, a épousé par procuration, le 1er novembre 1671, Philippe d'Orléans, frère cadet de Louis XIV, après, comme elle le dit "avoir pleuré et crié comme un veau" dans le carrosse qui la conduisait à la rencontre de son époux, terriblement déprimée, d'avoir quitté son pays et sa famille.

A l'heure où elle écrit cette lettre, il semble  qu'elle n'ait pas encore déchanté à propos de ce mari, auquel cependant, elle ne tint jamais rigueur du peu d'inclination qu'il avait à son égard, lui préférant la gent masculine, étant elle-même assez indifférente aux choses de l'amour ; mais lui reprochant avant tout sa faiblesse, et le mépris dans lequel il la tenait, influencé en cela par un entourage qui lui vouait une haine féroce.


La Princesse Palatine présentant l'Electeur de Saxe à Louis XIV

La Princesse Palatine a amplement compensé le manque de grâce qui la caractérisait, par une intelligence, une vivacité d'esprit, un humour, et une lucidité sans pareil. Louis XIV, son beau-frère, l'appréciait, se plaisant à chasser et parler avec elle, malgré qu'elle ait analysé les travers et la cruauté de la cour de Versailles, dont elle eu grandement à souffrir, s'étant farouchement opposée au mariage de son fils, avec une fille illégitime du roi et de Madame de Montespan.


Elle a laissé des lettres passionnantes, pleines d'esprit, d'une grande finesse d'observation, teintées parfois de tristesse, et d'une certaine amertume, qui en font un des meilleurs documents pour nous aider à comprendre ce que fut le règne de Louis XIV.






Christine Filiod-Bres
27 mai 2014



mardi 20 mai 2014

Littérature - John Le Carré






John Le Carré
 et la figure de son héros George Smiley



Ce que l'on a appelé la guerre froide, aura été pour John Le Carré, une sorte de théâtre idéal, pour la partie de son oeuvre, à mon sens la plus intéressante, sur le plan  romanesque et historique.


L'atmosphère de ses romans, n'a d'égale que sa relative complexité, tant du point de vue des intrigues, que des personnages, tous plus ou moins obscurs, et notamment le maître-espion George Smiley, figure énigmatique du "Cirque", le Secret Intelligence Service britannique.


On est très loin ici d'un James Bond, sophistiqué et séducteur, à qui, au volant de son Aston Martin, aucune femme ne saurait résister. George Smiley a un physique banal, une allure classique et neutre, un certain embonpoint, que même les meilleurs faiseurs de Saville Row peinent à masquer. Ses goûts sont simples, il est un adepte des taxis londoniens, à l'arrière desquels, ses pensées vagabondent et le portent souvent, vers son drame intérieur, celui de sa relation impossible avec son épouse Ann, infidèle, parce que déçue par ce mari si souvent absent, sans envergure apparente, taciturne et secret, doté pourtant d'une profonde intelligence, mais à ses yeux sans panache.


Ce drame, magnifiquement décrit dans son roman "Les gens de Smiley", se nourrit de la réserve totale à laquelle le maître-espion est contraint, qui est le fondement même de cet univers peuplé d'êtres solitaires, névrosés, parfois alcooliques, voire traîtres, où comme le dit lui-même Le Carré "ils s'amusent à jouer aux cow-boys et aux indiens, pour mettre un peu de sel dans leur triste existence."


John Le Carré sait admirablement nous décrire l'éternel empêchement auquel son héros est soumis, à travers la nature de ses activités secrètes, qui le conduisent parfois à affronter des situations périlleuses, notamment dans la relation ambigüe qu'il entretient avec son alter-égo soviétique, l'impressionnant "Karla", auquel l'oppose une lutte insidieuse et acharnée, mais empreinte de cette fascination mutuelle, qui anime parfois les meilleurs ennemis.







La trahison, à l'oeuvre dans "La taupe", un des plus remarquables roman de l'auteur, est aussi un des fondements de son oeuvre, et le retournement qui s'opère parfois sur les hommes, qui passent à l'ennemi, la plupart du temps par conviction politique, comme on a pu le voir dans l'emblématique affaire "Philby, Burgess, Mc-Lean", tous issus de Cambridge, qui vit passer à l'Est trois des plus fameux agents de l'Intelligence Service, fut un traumatisme, qui déstabilisa pour longtemps le fonctionnement de cette officine, gangrenée par la séduction qu'a pu revêtir, à cette époque, l'idéologie communiste.


On peut aussi évoquer à cette occasion, la duplicité de l'incroyable parcours du  très brillant historien d'art, Anthony Blunt, lui aussi ancien élève de Cambridge, grand spécialiste du peintre Poussin, et Directeur du prestigieux Institut Courtauld, par ailleurs chargé de l'achat et des expertises d'oeuvres d'art pour le compte de la reine d'Angleterre, qui fut recruté par l'Union soviétique dès 1933, et dont la défection fut longtemps tue par le S.I.S., mais dévoilée publiquement en 1979, à la Chambre des Communes, par Margareth Thatcher, ce qui fut la cause d'un scandale considérable.


Le Carré, qui fut agent secret durant plusieurs années, après une enfance difficile et assez malheureuse, recruté par le M16, alors qu'il enseignait au prestigieux collège d'Eton, étant lui-même issu d'Oxford, a parfaitement traduit dans son oeuvre, la profonde solitude de ces hommes étranges, qui ont choisi de servir leur pays, mais savent que celui-ci les abandonnera sans états d'âme, au nom de l'intérêt supérieur de la nation.







Cette solitude est exacerbée dans "L'espion qui venait du froid", qui est peut-être le roman le plus fascinant de John Le Carré, où la manipulation et le cynisme sont à l'oeuvre de manière éclatante, dans un Berlin Est quasi kafkaïen, où les rapports tendus entre l'Est et l'Ouest, nous montrent que l'espionnage est la zone de tous les dangers, et où ceux qui tirent les ficelles de ce grand théâtre d'ombres, resteront toujours en retrait.




John Le Carré n'a jamais caché que la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide, avaient constitué pour lui une sérieuse remise en question, tant son oeuvre est étroitement liée à cette période de l'histoire du vingtième siècle. Mais il a su rebondir, pour s'intéresser à d'autres aspects du monde en marche et ses dérives, car il y a toujours une guerre quelque part, des luttes pour le pouvoir, énergétique ou financier, un continent en perdition, comme l'Afrique, notamment dans le très beau "La constance du jardinier".


De plus,  il n'a pas hésité à prendre des positions politiques tranchées, à l'encontre de la guerre en Irak, et a été assez critique quant au rôle des services secrets américains et anglais, dans le déclenchement de cette guerre.


A quatre vingt trois ans, John Le Carré vit désormais retiré en Cornouailles, où il demeure toujours à l'écoute du monde, et promène son regard mélancolique sur les côtes de cette belle région d'Angleterre, ce pays qu'il a servi et qu'il aime, mais sur lequel il peut parfois porter un regard critique, lucide, et désenchanté.


Christine Filiod-Bres
20 mai 2014




















Les quatre de Cambridge
Anthony Blunt - Donald Maclean - Kim Philby  - Guy Burgess













jeudi 15 mai 2014

De tout, un peu ... Régine Deforges







Régine Deforges - 1935 - 2014


Régine Deforges


"Si je suis libre sexuellement ? Ce n'est pas aujourd'hui que je vous dirai le contraire ! Aussi loin que je m'en souvienne, les choses du sexe m'ont toujours attirée. Ne trouvant pas de réponse dans ma famille, c'est la littérature érotique qui m'a ouvert l'esprit. Cette liberté là s'inscrit dans un désir plus large de liberté, que j'ai toujours eu.

Je suis née comme ça, ne supportant pas les contraintes. J'en ai très tôt appris le prix. Par exemple, quand ma famille, sachant que j'allais être "fille-mère", n'a plus voulu que je m'occupe de mes neveux. Ou, plus tard, quand ma fille se faisait traiter de bâtarde à l'école ...




Se décréter libre sexuellement ne suffit pas. Il faut être assez forte, ou inconsciente comme je l'étais, pour être prête à l'assumer. Car ce n'est pas facile, la liberté, ça signifie souvent être seule, contre les autres, leur morale et leurs préjugés.


Aujourd'hui, mon seul regret est de ne pas avoir eu encore plus d'amants. Je n'ai qu'un conseil à donner aux femmes : faites l'amour autant que vous le pouvez, multipliez les aventures."


Régine Deforges
Quelques jours avant sa mort le 3 avril 2014 




Jean-Honoré Fragonard