mardi 6 août 2013

A la reine d'Espagne





Sophie Reine d'Espagne




A la reine d'Espagne


Aujourd'hui, j'ai pensé à la reine d'Espagne
Elle est triste parfois, sans plus de certitudes

Sur le bateau de Majorque, elle sourit aux enfants
Image des temps heureux, innocence éternelle

Elle n'apparaît encore que pour l'hommage aux morts
Il est à ses côtés, le regard perdu, tendu par la douleur

Il n'est plus son héros et le masque est tombé
Recluse en son palais, elle prie et s'interroge

D'où vient que tout s'effondre, et l'amour et le monde
Aujourd'hui, j'ai pensé à la reine d'Espagne



Christine Filiod-Bres
6 août 2013




















Poésie

Caravelle

J'ai poussé la grille
Elle ne voulait pas s'ouvrir
A terre, les feuilles mortes
Qui se jouent de l'absence

Des branches de roses anciennes
Ployaient sur l'escalier
Dans la maison, le silence
Aux murs, la trace des tableaux

La baigneuse, la barque au couteau
Le matador sombre, le portrait de l'amie
Le clown triste, et la femme en bleu
Seul demeure un dessin, moi, à vingt ans

Dans la chambre du haut, une grande boîte bleue
On  y lit ... Caravelle
Des photos retrouvées, les traces d'une vie
Souvenirs d'Angleterre, un jeune homme

Il a le regard clair, assis sur l'aile d'un avion
Le jour du mariage, il sourit à ton bras
Lui si blond, toi si brune, au regard profond
Ta robe blanche et ton voile de dentelle

Avant de partir pour l'église, tu avais mis le couvert
Sur la nappe blanche damassée, des fleurs du jardin
Tu me l'as donnée, je l'ai gardée pour toujours
Fraîchement repassée, les plis en sont parfaits

D'autres photos encore, au noir et blanc superbe
Nous, sur la place, la fontaine, les pigeons
C'est l'hiver, au parc de la Tête d'Or, il me parle
Il me donne la main,  petite fille effarouchée

Une photo de classe, je suis là, souriante
Un joli tablier, avec des fruits brodés
Une autre avec mon frère
Sur les genoux d'un très beau du Père Noël


Une fin d'après-midi sur les champs de Pologne
Notre Babko juchée sur sa charrette à cheval
Revenant de ses terres, le chien à ses côtés
Son foulard encadrant ses hautes pommettes slaves

C'est l'heure, il faut partir, je referme la boîte
Tous ces instants de vie, à jamais envolés
C'est trop tout ce passé, et mon coeur s'angoisse
Tout est si dérisoire et je pourrais pleurer



Christine Filiod-Bres - 5 août 2013



 Lyon, devant les grilles du parc de la Tête d'Or






Pologne - Les champs à Janov Lubelski - 1969

 Pologne - Janov Lubelski - 1969